Pendant que quarante (au moins…) candidats, allant des socialistes aux républicains, se disputent les voix de tous les électeurs les plus raisonnables, la France se prépare à vivre un duel au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2027 entre le candidat de La France insoumise et celle ou celui du Rassemblement national. On sait d’avance qu’ils entreront tous les deux en campagne nourris de la haine de tous ceux qui ont gouverné la France depuis 50 ans. On sait d’avance aussi qu’ils expliqueront (à juste titre) qu’une grande partie des problèmes du pays viennent du manque de compétence, de préparation, de programme, de courage, d’action et de vision à long terme de leurs prédécesseurs. Si l’un des deux l’emporte, et c’est le plus vraisemblable, il ou elle, au vu de leurs programmes, de leurs personnalités, de leurs appuis politiques et de leurs caractères, fera preuve du même manque de courage, de la même inaction, de la même incompétence, de la même impréparation, du même manque de vision à long terme que leurs prédécesseurs. Même s’ils habilleront cela d’un langage de renouveau, avec tous les mots valises nécessaires : « sursaut », « redressement national », « en finir avec les gaspillages », « rétablir la justice sociale», « redonner sa fierté à la France ». Et même s’ils feront l’un et l’autre étalage de programmes, de chiffrages, et d’une liste impressionnante de soutiens et d’experts plus ou moins autoproclamés.

La similitude entre ces deux partis extrêmes ne se limite pas à cela. Elle est beaucoup plus profonde. Elle trouve son origine dans ce qui semble en fait les opposer le plus frontalement : leurs conceptions de la France.

Pour le RN, la France est aujourd’hui en grand danger de perdre son identité, envahie par des hordes de musulmans et de noirs, venus d’Afrique et du Moyen-Orient, qui organisent le grand remplacement du peuple de France, lui imposant des cultures, des mœurs, des religions, des langues étrangères, y faisant régner un grand banditisme islamiste et un vandalisme généralisé, lui imposant, la sharia et le voile, et détruisant la laïcité, ciment de la République. On trouve en ce sens mille déclarations de ses dirigeants : une parmi d’autres de Jordan Bardella : « Notre pays subit une submersion migratoire insoutenable. Ce qui nous menace, si nous continuons dans cette voie, c’est l’éclatement de la France telle que nous la connaissons.»

Pour LFI, en sens inverse, c’est une chance que de voir la France retrouver une vitalité démographique, grâce à des étrangers venus de ses anciennes colonies, qui vont la « créoliser », lui donner une énergie nouvelle, lui permettre d’être plus à l’écoute des souffrances des pays du Sud, et en particulier des anciennes colonies françaises, et de Palestine, nouant ainsi de nouvelles alliances avec les peuples les plus dynamiques du monde. On trouve mille déclarations en ce sens de ses dirigeants. Une parmi d’autres de Jean-Luc Mélenchon : « Notre France, c’est une France créolisée, mélangée. Une nouvelle France constituée de tous ceux qui veulent vivre ensemble ».

Rien, a priori, de plus dissemblables que ces deux points de vue. En réalité, ils se retrouvent sur l’essentiel :   Pour l’un comme pour l’autre, la France ne doit penser qu’à son identité, et à sa souveraineté. Pour l’un comme pour l’autre, le mélange avec les autres peuples européens est inacceptable. Pour l’un comme pour l’autre, le projet européen est diabolique. Pour l’un comme pour l’autre, une souveraineté commune, européenne, inventant à terme même une nationalité continentale, est une horreur. Pour l’un comme pour l’autre, le seul pays européen à peu près fréquentable est notre grand voisin de l’Est, la Russie. Pour l’un comme pour l’autre, l’avenir de la France doit donc être décidé par les Français seuls, hors de toute influence de pays tiers. Une preuve ? Marine Le Pen, Jordan Bardella, et Jean-Luc Mélenchon ont tous les trois dit, mot pour mot : « Les règles européennes ne peuvent pas s’imposer contre la volonté du peuple français. ».

Or la clé de la survie de la France, face à tous les ennemis qui l’entoure, c’est au contraire le renforcement de l’Union Européenne ; et l’application de toutes ses règles, même celles décidées par une majorité des pays européens dont nous ne ferions pas partie, conformément en particulier à l’article 52 de notre constitution, qui affirme la supériorité des traités sur les lois.

Cette haine commune de l’Union européenne, (qu’elle soit dissimulée pour l’un dans la recherche d’une purification ethnique identitaire, et pour l’autre dans l’apologie d’une ouverture à tous les vents du Sud) constitue la connivence la plus mortifère qui puisse guetter la France en 2027. Quel que soit celui des deux qui serait alors au pouvoir, il en finira la solidarité budgétaire continentale, avec l’intégration industrielle, avec la protection commune à nos frontières, avec la défense commune, avec la politique agricole commune, avec la préférence communautaire dans un très grand nombre de secteurs. Ce programme, qui leur est commun, est exactement ce dont rêvent nos concurrents, ou ennemis, russes, américains ou chinois. Il faut donc s’attendre à ce que toutes les chancelleries, tous les réseaux sociaux, toutes les officines d’influence de ces trois pays conjuguent tous leurs efforts pour faire élire Monsieur Mélenchon, Madame Le Pen ou Monsieur Bardella. Pour le plus grand malheur de la France.