Dix premières leçons des événements japonais

Paru dans Slate.fr | Publié dans Géopolitique - 16 mars 2011

1. Tout événement très improbable peut se réaliser dans la prochaine minute. Ainsi d’un tremblement de terre de magnitude 9.

2. Les événements les plus improbables sont des combinaisons d’événements improbables, reliés ou non par une causalité. Ainsi d’un tremblement de terre suivi d’un tsunami.

3. Les combinaisons d’événements maîtrisables peuvent ne pas l’être: Si A et B sont maîtrisables, cela ne veut pas dire nécessairement que A suivi de B le soit. Ainsi de la combinaison du tremblement de terre et du tsunami, dont l’impact simultané sur une centrale nucléaire n’avait pas été prévu: presque personne n’avait pensé qu’un tsunami pouvait interrompre les processus de refroidissement déclenchés automatiquement après un tremblement de terre. La combinaison des deux n’était donc pas maîtrisée.

4. Aucun problème ne doit être traité indépendamment de la chaîne d’événements improbables auquel il peut être associé et pouvant survenir dans des domaines différents. Ainsi, d’un tremblement de terre et d’un tsunami qui peuvent entraîner une crise financière accélératrice d’une panique, rendant encore plus difficile la maîtrise des conséquences du tremblement de terre. Pire encore s’il se revele qu’un des réacteurs était alimenté au mox et qu’une partie de la région environnante est durablement inhabitable.

5. Le propre des médias est aujourd’hui de placer en tête les événements les plus improbables et les plus créateurs de catastrophes.

6. La mondialisation crée les conditions d’une hiérarchie unique des informations sur toute la planète; ainsi ce qui se passe au Japon est en tête des titres données par tous les journaux écrits, toutes les chaînes de télévision et tous les sites internet du monde.

7. La mondialisation des informations permet à des turpitudes de se dérouler en toute impunité si elles ne sont pas en tête au hit parade des tragédies du jour; ainsi de ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire et en Libye, à l’ombre des événements japonais.

8. Le propre du politique doit être de préparer des réponses aux menaces représentées par des événements improbables déclencheurs de catastrophes. Ainsi de la sécurité nucléaire, qui doit être pensée comme un ensemble de réponses à toutes les chaînes d’événements improbables imaginables. Ces réponses passent par des mesures de prévention ou d’atténuation des conséquences. Ainsi des normes de constructions antisismiques ou des digues antitsunamis.

9. Le propre de la démocratie est de décider en toute transparence du degré de risque qu’une société est prête à courir, pour obtenir le bénéfice de l’innovation ou de l’audace.

10. La mondialisation des menaces et des réactions exige celle du politique. Il faut en particulier une mondialisation des normes et des processus de sécurité nucléaire. Et au-delà une mondialisation de la conception du risque.

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Consulter les commentaires (15)

  • tristan le 16 mars 2011

    Ne faut-il pas attendre la fin des évènements avant d’en tirer toutes les conclusions nécessaires (en terme de logique et d’éthique j’entends) ?

  • Cursoux Gérald le 16 mars 2011

    Cette analyse est juste. Mais ne nous manque-t-il pas une approche plus sytémique ? Càd de penser le monde comme un sytème global en admettant qu’il n’est pas totalement observable, et donc qu’on ne sera jamais capables d’avoir toutes les réponses appropriées pour le maîtriser et faire face aux dérèglements – qu’ils soient ponctuels et d’une durée limitée comme un tremblement de terre, ou durable, lent et continue, comme le réchauffement climatique.
    Reconnaître cela et s’engager dans cette approche systémique demande d’élaborer d’autres façons de penser. Et si demain on se rammase des éruptions volcaniques, qu’est-ce qu’on fait ? On ne sait pas. On improvisera…
    Une des premières réponses aux catastrophes (minuscule) semble être d’avoir des stocks de survie pour les survivants, et les moyens de les leur faire parvenir. Pas compatible avec les flux tendus de l’industrie et de la finance.
    Nous devons inventer une autre façon de penser notre écosystème Terre.

  • ML le 17 mars 2011

    Quel serait le moyen de faire crier plus fort la voix de la raison ? Ce blog est riche d’idées, parfois de propositions concrètes (plus serait encore mieux) pour un mieux vivre universel, mais les événements démontrent que si tous les intervenants s’accordent pour approuver la justesse des interventions, elles ne sont pas suivies d’effets (visibles en tout cas). L’urgence est la prise de conscience par les acteurs et les acteurs c’est nous chaque jour. Comment nous faire passer à l’acte après , l’analyse, la conceptualisation et la parole ? Comment aller plus vite dans la prise de conscience et dans l’action qui doit s’en suivre? Que devons-nous faire ? En tout cas il faut faire quelque chose, chacun à notre niveau. Ce blog pourrait peut-être aussi inciter, conseiller et aider chacun de nous à FAIRE QUELQUE CHOSE.

  • françois le 17 mars 2011

    je rajouterais à votre intervention une échelle intermédiaire:

    5.5 : le propre des médias est de déformer l’information par un regard limité sur un événement complexe, par un traitement de l’immédiat et du fait de leur manque de maîtrise de sujets scientifiquement, sans même aborder la poursuite du sensationnel.

    5.6 : Cette gestion de l’information et ce manque de données techniques peut permettre à des Personnalités et à des groupements politiques d’amplifier cette déformation de l’information sans réelle opposition journalistique. (amalgame ITER et danger des réacteurs à fission)

    9.4 : Le propre du politique n’est donc pas de réagir « à chaud » ou d’utiliser la panique et l’événement pour appuyer des revendications.

    9.5 : seule la puissance publique est à même de d’organiser, gérer, encadrer le risque au-delà d’un certain seuil car son autorité légitime issue du citoyen est la seule à même de justifier ces prises de risque et surtout parce que l’intérêt public que sous tend une telle gestion ne peut se voir opposer la notion de rentabilité économique.

    Réponse de Cursoux Gérald le

    Très juste. Cela pose le pb des médias dans la formation de l’opinion publique. Pas de vulgarisation, que du sensationnel !

  • Elisabeth Ruis le 17 mars 2011

    Ça m’a beaucoup ennuyé de lire,…. « Si », si simplement

    En 5 : Le Calendrier Grégorien se meurt,… l’enfoiré crève !
    En 6 : Casser les hiérarchies,… ça va faire mal !!!
    En 7 : Quand on prête, « On Prête »,… y’a pas d’intérêts
    En 8 : Nouvel ordre mondial, y’a plus fort que toi,… « « NOUS VIVANT » »
    En 9 : En paléontologie,… t’as vu mon crâne ?

    « L’Ethique »,… Humaniser le tout (vue du 3ème œil en évolution) !

  • Cursoux Gérald le 18 mars 2011

    L’un des récteurs a du MOX. Cela change quoi en terme de risqus ?

    Réponse de françois le

    En fait il s’agit d’un stock, le MOX n’est utilisé que pour partie (1/3 il me semble en France) dans les réacteurs du fait d’un réaction plus importante.
    Je suppose qu’ils craignent que ce stock entre en réaction. Si mes sources sont exact ce réacteur a commencé à utiliser du MOX en 2010, les japonais avaient pour but d’utiliser un ratio bien plus important de l’ordre de 50% de MOX. Il faudrait voir quel impact cela a pu avoir sur le fonctionnement de la centrale

  • Elisabeth Ruis le 20 mars 2011

    Les 10 commandements d’encre humaine s’applique de son art par évidence ! Les toutounets, nous !

    Enfin, merci l’encyclopédie de ton savoir provisoire,………. ça existe ! C’est mieux que rien !!!

    En tous cas, ça aura fait de moi quelque chose ! … Un être » vivant (en toute modestie)

    C’est trop cool, spirituellement parlant ! Nous existons et existerons…………. « Somewhere »

    Impossible n’est pas Français ? Ducon la joie la bite en fleur,

    Pardon,

    Elisabéthiquement, une folle dingo de la « Vie »

    Réponse de over_therainbow le

    ……et ne cachez surtout pas votre joie, lol.

  • Cursoux Gérald le 20 mars 2011

    Deux ctastrophes d’origine humaines maîtrisées : l’explosion de la plateforme Deep Water Horizon dans le golf du Méxique, l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Pétrole et nucléaire, notre pain quotidien !
    Deux défaillances techniques suivies de deux exploits techniques. Mais n’a-t-on pas atteint une limite quant à la prise de risque ?

    Réponse de Emma le

    « deux catastrophes d’origine humaine MAITRISEES »
    maitrisées dites vous ? comme vous y allez ! ,
    pour ce qui est de la plateforme Deep Water HOrizon (ironie du nom ! « eau profonde ») le déversement de produit sur le pétrole pou rlui permettre de couler plutot que de venir se répandre encore en plus grande quantité sur la terre « enfouit » la dimension réelle de cette catastrophe magistrale ;
    une entreprise dépassée par l’évênement, incapable d’agir sur un problème jamais envisagé , qui communique à tout va faisant croire qu’elle maitrise …
    une région dévastée , une planète toute entière touchée (on n’a pas encore vu arriver les « cailleaux » de pétrole sur nos côtes européennes portées par le Gulf Stream… courant qui traverse l’Atlantique …
    les humains sont véritablement à plaindre des conséquences de leur naïveté à croire qu’ils contrôlent … sciant la branche planétaire qui les nourrit …

  • Laogorus le 21 mars 2011

    Hum bon, ce que je voulais ajouter n’a curieusement pas été traité, peut-être justement parce qu’il n’existe pas: le risque zéro!

    Pourtant tout le monde en parle, notamment les politiques racoleurs, les journalistes marchandeurs et les anges anti-nucléaire, anti-pétrolier, anti-usinechimique, anti-barrage-hydraulique, anti-pollution, etc. Et chacun sait qu’il y a aussi des anti-éoliens qui ne peuvent se résoudre à prendre leur douche froide.

    La gestion du risque demeure cependant de diminuer les risques au maximum. Impossible d’échapper cette évidence. Cela signifie que les gouvernements et même en effet plutôt un gouvernement mondial -issu de l’ONU- qui empêcherait les industriels de s’implanter dans des zones ingérables et qui présenteraient des risques de pollution trop élevés. Cela via une Organisation mondiale de l’environnement qui aurait le même pouvoir coercitif que l’Organisation mondiale du Commerce.
    _______________

  • Michel le 28 mars 2011

    POUR UNE MISE EN OEUVRE LOCALE DES SOLUTIONS
    Aucune production d’énergie n’est totalement « propre », sans risques et sans impact environnemental sur les populations. En fonction d’une demande énergétique maîtrisée localement, pour laquelle la sobriété serait encouragée, on pourrait cependant raisonnablement arbitrer démocratiquement entre les différentes solutions existantes – à l’échelle des Régions – avec les « meilleures techniques disponibles » du moment. Il me semble – c’est du moins ce que je ressens – qu’il y aurait maintenant urgence à faire.
    L’Etat, l’ADEME et le système bancaire pourraient encourager ces initiatives en finançant des démonstrateurs puis en participant aux tours de table pour constituer des sociétés productrices et rentables, créatrices de nombreux emplois…oui mais, comme nous sommes en France, avec un système de politique énergétique centralisé et totalement verrouillé, je m’attends à de nombreuses réactions jugeant sans appel mes propos irréalistes, voire « indécents », alors que nos frères japonais donnent leurs vies pour sauver ce qui peut être encore sauvé à FUKUSHIMA !

  • plagiste le 29 mars 2011

    Tout est une question de civilisation!

    on consomme toujours plus d’énergie parcequ’on vit dans un systême qui a décidé que consommer davantage c’est le progrès.

    Moi je pense que le progrès n’est pas consommer davantage, que ça soit de l’énergie ou le reste.
    Ce qui compte dans nos vies c’est la qualité et non la quantité.

    Le quantitatif est synonyme de destruction, on va le comprendre à force de prendre des claques, si toutefois on réussit à comprendre avant qu’il ne soit trop tard , ce que je crains pour les Japonais de toute évidence, en espérant que ça ne soit pas aussi le sort des pays voisins ou plus éloignés….voir trsè éloignés….

    le qualitatif c’est « ce qu’il faut pour vivre mais de bonne qualité ». Peu d’énergie mais énergie « propre », les énergies renouvelables permettent de produire peu mais propre. Peu = de quoi vivre correctement en oubliant ce mode de vie ignorant et baffouant notre environnement naturel et qui ne tient compte que de richesses purement virtuelles (cac 40 , dollar et autres inventions humaines n’ayant aucune valeur dans notre environnement naturel…essayer de manger 1 dollar ou de respirer une action du CAC40 et vous verrez….)

    la nourriture que l’on nomme « bio » va dans ce sens , les activités de plaisir (loisirs) telles que jeux d’échecs, rando à pieds, ballades à vélo, voile , yoga etc…correspondent davantage au « qualitatif » que la nitendo , la moto, le jetski ou le ski-nautique…s’habiller simplement va aussi dans le bon sens comparativement à changer de fringues extravagants tous les jours pour suivre telle ou telle mode , se tartiner de crèmes pour les rides ou pour soit-disant maigrir n’est pas aussi « qualitatif » qu’entretenir sa santé en évitant de fumer ou en évitant de s’alimenter n’importe comment etc etc….

    c’est tout un mode de vie qu’il faut revoir, une question non pas de culture mais bel et bien de civilisation si on ne veut pas être la dernière (civilisation)!

    Le séisme et le tsunami ne sont qu’une partie visible de l’iceberg qui nous fonce dessus, et nous sommes tous à bord du Titanic!