Le match Facebook contre Google

Paru dans L'Express | Publié dans Nouvelle Economie - 29 mai 2011

La bataille entre les deux géants du Net, qui vient de s’accélérer cette semaine, est révélatrice d’un très grand enjeu mondial.

A priori, ils se ressemblent beaucoup : créés tous les deux par des étudiants d’une université américaine prestigieuse (l’un en 1998, l’autre en 2004), gardant un esprit start-up, menant les mêmes combats pour la transparence de la vie privée et la gratuité du Net, gagnant leur vie en vendant de la publicité, l’un et l’autre veulent connaître tous les faits et gestes des gens et devenir le standard du web. Ils ont tous les deux atteint les 2 milliards de dollars en 5 ans. Et chacun contrôle aujourd’hui environ 7% du trafic web mondial.

Leur modèle est pourtant très différent : pour connaître les comportements des gens, Google prétend les aider, dans leur vie professionnelle, universitaire ou privée, à chercher, téléphoner, naviguer ; pour atteindre le même but, Facebook veut aider chacun à nouer des liens avec les autres et, pour cela, tente de devenir le standard des systèmes de login, du partage de liens, de commentaires de sites tiers.

Doit-on prédire qu’à l’avenir Google gérera notre quotidien solitaire, et Facebook nos relations avec les autres ? Et qui des deux l’emportera ? Serons-nous une juxtaposition d’autistes ou membres d’une infinité de tribus ?

Aujourd’hui, Google semble l’emporter : la firme de Mountainview est valorisée $190 milliards, soit 5 fois plus que Facebook, dont le chiffre d’affaires ne représente qu’un quart du bénéfice de son concurrent.

Mais la dynamique va plutôt du coté de Facebook : depuis août 2010, les Américains passent plus de temps sur Facebook que sur Google (41 millions de minutes contre 40 par mois) et plus d’internautes utilisent désormais Facebook que Google comme page d’accueil.

De fait, Google s’est concentré sur une bataille ancienne, celles de l’adresse mail (en concurrence avec Yahoo et Hotmail), alors que de plus en plus de jeunes n’utilisent plus que le réseau social, le chat et le sms pour communiquer ; ils n’ont aucun problème à y poster des photos très intimes, et même à rompre via Facebook. Google n’a pas innové, sinon en rachetant des projets externes, comme You Tube (plus de vidéos sont visionnées chaque jour que de recherches sont faites sur Google) ou comme le nouveau Google Wallet, moyen de paiement par téléphone.

Alors que Facebook devient un moyen d’organiser la consommation et de former l’opinion des consommateurs et des électeurs.

Au total, Facebook sera le passeport pour entrer dans le continent virtuel, tandis que Google ne sera plus qu’un des guides pour l’explorer.

Certains pensent que la croissance de Facebook sera limitée par le nombre de personnes avec qui un cerveau humain pourrait avoir des relations, limité à 150 selon les biologistes; mais l’expérience montre que les gens acceptent facilement un nombre illimité d’inconnus comme amis sur les réseaux virtuels; et qu’il n’est aucune décision qu’on ne soit prêt à prendre dans l’espace du net.

Ainsi, l’avenir appartient aux réseaux et à ceux qui sauront les étendre. Et d’abord à ceux qui sauront prendre le contrôle des grands réseaux encore indépendants : allié à Facebook, Spotify (site européen de musique en réseau) pourrait concurrencer Apple. Allié à Google, Twitter (système de micro-blogging) pourrait concurrence Facebook. Puis à ceux de ces réseaux qui sauront organiser des systèmes de paiement et de monnaies virtuelles, liées en particulier aux jeux vidéo.

Rien n’est en fait encore joué : Amazon prend des positions sérieuses sur le cloud computing, Microsoft a racheté Skype, Apple se concentre sur le haut de gamme, Twitter pourrait s’imposer comme un pôle de développement autonome. Et tant d’autres, qui feront surgir des applications inédites ; banques, opérateurs téléphoniques, services publics se réagenceront dans de nouveaux rapports de pouvoir. La finance, la politique, l’éducation devront être pensées autrement ; nos vies quotidiennes seront bouleversés.

Naturellement, de tout cela, l’Europe est presque absente.

| More

Consulter les commentaires (13)

  • Almeja Del Río le 29 mai 2011

    Facebook va perfectionner son système de messagerie, ce qui peut être fatal pour Google, car Google n’arrive pas a faire un système aussi cohérent d’échange (Buzz) que FB.
    Par contre, Facebook va passer son étape de croissance et il est possible que les gens se délaissent de ce système par pur ennui et vont chercher une nouvelle façon de communiquer…

    Réponse de youyou le

    en faite google c pas un réseaux social est google c un moteur de recherche ki a développé pour le chat( gmail )bref mais je suis d’accord avec vous Mr Almeja Del Río pour ke l’internoute va ce soulé avec le temps du concepte facebook en lui meme

  • Cursoux Gérald le 30 mai 2011

    C’est la technologie qui a fait ce monde nouveau (pour faire court) et son champion c’est Steve Jobs (il a su mettre en musique ce qui a été trouvé ailleurs notamment par Xerox, et recruter les meilleurs – il y a eu de la casse, mais c’est passé!). Il a été copié par Bill Gates, (qui est plus un manageur qu’un créateur). Google et Facebook ne sont que des applications. Office est tout aussi important, mais c’est d’une utilisation tellement banale qu’on n’en parle pas.
    Quel sera le prochain saut technologique, voilà la vraie question. Jobs a peut-être encore une idée derrière la tête.

  • Vincent le 30 mai 2011

    Non, Apple ne fait pas que se concentrer sur le haut de gamme. C’est la seule entreprise qui, pour l’instant, a gagné la bataille du content + device + media (contenu + appareil + outils de diffusion) derrière lesquels tout le monde court, y compris Google et Facebook.
    L’Europe est absente de ce marché parce que l’Europe n’existe pas en tant que marché global, contrairement aux Etats-Unis, où un nouveau concept touchera rapidement 308 millions de clients potentiels. Alors qu’un français commencera en France, puis en Allemagne, puis…
    Cela a pour conséquence d’avoir refroidi les capitaux risqueurs en Europe (trop de plantages) et pas aux US.
    Enfin, les pouvoirs publics en sont encore à des visions d’ingénieurs. Imaginons Zuckerberg déposant un dossier à l’OSEO :
    -  » Bon, c’est bien votre machin de réseau social, mais il est où le brevet ? Et puis économiquement ça ne tient pas votre truc (NDLR : Facebook n’est toujours pas rentable). Il faut faire payer les abonnés. Là on l’on peut vous aider, c’est en vous mettant en relation avec le laboratoire de l’université, il y a des gens très compétents qui vous aideront… »

  • françois le 30 mai 2011

    Ce qui me désole dans cette vision c’est qu’on assiste, de fait, à la clôture du net qui devient une zone d’échange réduite. Il y avait un fort potentiel de développement personnel et intellectuel que la peur des états, et le peu d’implication des citoyens, ramènent peu à peu à un stade minimaliste.
    C’est un peu comme si dans la réalité les gens allaient toujours dans le même bar et évitaient la bibliothèque. L’humanité ne peut elle que se ramener à ce minimum argent / sexe?

    Je crois que Facebook cherche toujours un modèle économique et que pour survivre il devra faire glisser son coeur de métier vers un système économique plus rentable ce qu’il tente de faire avec sa plateforme musicale.

    Enfin pour tous les fans d’Apple, je suis désolé je suis agnostique, la réussite d’Apple est d’avoir monté une interface facilement abordable par tous, l’échec de ses clients c’est d’accepter de voir leur liberté de choix, logiciel et matériel, réduite pour profiter de cette simplicité. Finalement Apple c’est le choix de la facilité.

    Je terminerais avec une citation de Benjamin Franklin qui me paraît bien adapté à ce mouvement et à ce G8 de Deauville:

    « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

  • Schlolldu le 30 mai 2011

    Visiblement, pas grand monde n’a compris la bulle Internet du début des années 2000. Il faut dire, c’était il y a si longtemps…..

    Google : ne tient que par la publicité effectivement mais surtout condamné à faire de l’innovation éphémère jusqu’à ce que chacun s’en aperçoive. Google Map, Street View etc … super, sauf que c’est une chose de le faire, c’est beaucoup-beaucoup plus difficile de mettre à jour, et … beaucoup plus onéreux. Impossible de suivre à un niveau planétaire.

    Personne ne se rend compte non plus du danger immense de « donner » toute sa vie (emploi du temps, messagerie, photos, documents ..) à des serveurs on ne sais où.

    Facebook : un peu pareil, fonctionne quand c’est en expansion et condamné à cela. Le jour où chacun s’apercevra que Facebook n’a jamais rempli une assiette – voir même aura démoli quelques existences – les choses seront différentes.

    Ca n’a rien à voir avec Microsoft – assez largué en ayant raté les deux ou trois virages Informatiques des 15 dernières années – et Apple qui fournit la très haute qualité mais ne gère pas le contenu.

    A+

  • Michaël Piron le 1 juin 2011

    Ce qui me désole surtout, et comme vous le soulignez Mr Attali, c’est le quasi-abandon de ce marché par nos société Européennes!
    Je crois que le problème des société Européennes (et donc Française indirectement) vient d’un manque chronique d’estime de soi… La où Facebook, Google, Apple voir Twitter font la une de ces marchés, on nous parle de Spotify :/
    Pour côtoyer et faire parti d’une moyenne d’âge moins élevée qu’à l’habitude (20-25 ans), je n’entends que très peu de monde me parler de cette plate-forme européennes…

    Pourrons un jour développer un tant soi peu notre ego, et considérer que nous ne sommes pas condamné à être « Le Vieux Continent » ad vitam eternam…J’espère…

  • Elisabeth RUIS le 1 juin 2011

    Pathologie Humaine
    Genèse dessine-moi un mouton
    ER

  • MATHIEU le 4 juin 2011

    Très bonne analyse…conclusion peut-être un peu hâtive…
    « Naturellement, de tout cela, l’Europe est presque absente »
    Nous n’avons pas dit notre dernier mot!
    Nous avons mis en ligne un réseau social de nouvel génération, totalement privatif, dédié exclusivement aux proches, avec la charte de confidentialité la plus stricte du Web.
    Pour le découvrir : http://www.famicity.com
    70 000 membres en quelques mois!!!
    Bon surf

    Réponse de Elisabeth RUIS le

    In lak’ech, M. Mathieu,

    Auriez-vous oublié que nous avons « CHACUN/ENTRE TOUS» une Perception Différente de La Réalité.

    CLONIMAGE (Double Virtuel que chacun pourra lancer dans les espaces du Net pour le faire vivre, travailler, consommer par procuration avec les doubles virtuels créés par d’autres_hmmm, un truc de ouf_…etc, …Il constituera le plus énorme changement et causera le plus grand ébranlement mental dans l’environnement quotidien des hommes)

    PS : In lak’ech (Tu es un autre moi & je suis un autre toi, en Maya Antique/Alphabet Européen)

    Bravo, la NGV d’ébranleurs

    ER

  • Virginie le 5 juin 2011

    Je pense que le match américain Facebook, Google sera bientôt confronté au match des réseaux sociaux français. En france aussi, des starts up se développent très rapidement, comme Famicity.
    Le champs d’action: le respect de la vie privée des internautes.
    chacun pourra

  • Virginie le 5 juin 2011

    …Chacun pourra choisir enfin, s’il veut partagaer en « public », ou en privé.

  • charly le 11 juin 2011

    Merci pour cet excellent article.

    Je voudrai réagir à la phrase suivante :
    « Naturellement, de tout cela, l’Europe est presque absente. »

    Nous sommes aux premiers balbutiements de la révolution inconcevable qu’est le web. La croissance extraordinairement rapide des ces entreprises ne garantie pas leur pérennité sur la toile.

    Leur force ne découle pas tant de leur ingéniosité que de leur position de pionniers et de leur bonne maîtrise de la communication « classique ».

    L’Europe ne dort pas, je pense qu’elle jouera bientôt son rôle sur la toile, lorsque celle-ci aura atteint un certain stade de maturité.

    Les américains ont donnés une très belle forme à Internet, nous lui donnerons le fond et son universalité.