La démocratie, combien de divisions ?

Paru dans L'Express | Publié dans Macro Economie - 18 juillet 2011

Etrange ironie : 2012 sera, dans de très nombreuses démocraties, à commencer par la nôtre, une année électorale très importante. Et dans tous les autres pays encore soumis à des dictatures, les peuples aspirent à des élections libres. L’humanité toute entière semble donc prendre en main son destin.

En réalité, il n’en est rien : les marchés sont partout, au contraire, en train d’imposer leurs lois ; et les peuples ne vivent de la démocratie que l’illusion et les apparences.

Dans les pays émergents, quels qu’en soit les régimes, les gouvernements et les citoyens sont de plus en plus à la merci des fluctuations des prix des matières premières, des produits agricoles et des cours des grandes monnaies, sur lesquels ils n’ont aucune prise : à quoi servent des élections quand le destin du pays peut être remis en cause à chaque instant par des décisions prises à des milliers de kilomètres ?

De même, les pays développés, plus endettés que jamais, sont de plus en plus à la merci de leurs préteurs, qui peuvent décider de continuer ou non de leur permettre de vivre au dessus de leurs moyens. Et ces préteurs se font chaque jour d’avantage plus pressants. Les démocraties n’ont donc presque plus de moyens d’influer sur leur sort ; elles ne savent ni maîtriser leurs dépenses, ni augmenter leurs recettes ; de plus, elles ont transmis leurs principales responsabilités à des autorités indépendantes ; enfin, elles n’ont pas su mettre en place les moyens de contrebalancer les forces des marchés, dont les acteurs se meuvent de plus en plus librement à l’échelle du monde.

Aussi, les élections à venir n’auront pas beaucoup d’influence sur l’avenir des électeurs. Les peuples le devinent, qui s’accrochent plus que jamais aux symboles nostalgiques de la puissance, tels les défilés militaires (même si, en France, le 14 juillet, un soldat sur trois a défilé à crédit).

Chacun sait, chacun devine, qu’à force de vivre au dessus de ses moyens, les marchés imposeront aux Etats des décisions très difficiles, que chacun connait, mais dont personne ne veut entendre parler. Pas seulement des décisions budgétaires, mais aussi des modes de vie, des façons de penser, d’apprendre, de se soigner, de s’assurer.

Pour y échapper, les nations n’auront bientôt plus d’autre choix que d’imprimer de la monnaie (ce qui finira par de l’inflation, la ruine des classes moyennes, et la fin de la démocratie formelle) ou de fermer les frontières, ce qui conduira au même résultat.

La démocratie n’aura alors été qu’une façon d’organiser la transition entre deux formes de dictature : de celle des princes à celle des marchés.

Pourtant, il est encore possible d’échapper à cette pente tragique. En particulier, l’Europe a encore les moyens, de rester un continent démocratique. Il faut pour cela mettre en place des moyens puissants face aux marchés. En particulier, de décider, dès le prochain sommet européen, de doter le Fonds Européen de 2 trillions d’euros, qui peuvent aisément être rassemblés par l’Union sous forme d’eurobonds et de garantie. Si une telle somme pouvait être annoncée, les marchés sauraient que toute spéculation est vouée à l’échec et les Etats n’auraient même pas besoin de la réunir. Naturellement, pour être vraiment pris au sérieux, il faudrait qu’un tel fonds soit placé sous le contrôle d’un véritable gouvernement européen, responsable devant les peuples et garant du sérieux de chaque pays membre.

La démocratie n’est rien sans les moyens de l’exercer.

| More

Consulter les commentaires (19)

  • Olivier le 18 juillet 2011

    Je me sens européen et j’espère qu’un véritable gouvernement européen verra le jour bientôt.

    Merci de porter cette idée si nécessaire à l’avenir de notre génération. Cela nous évitera peut-être un jour de nous entre-tuer.

  • Frédéric Mabin le 18 juillet 2011

    Très intéressant.

    Pour achever de me rassurer concernant la faisabilité de la piste évoquée par Jacques Attali (gouvernenment européen puis annonce d’une dotation de 2 trillions), j’aimerais savoir, Chef d’Etat Européen par Chef d’Etat Européen (ou candidat par candidat si on se place déjà en 2012), quels sont ceux qui possèderaient la volonté politique ainsi que les compétences requises pour mettre en oeuvre cette piste.

    Peut-être dans un prochain article ?

  • françois le 18 juillet 2011

    La puissance est elle vraiment passée des états aux marchés?
    Je trouve que la question mérité d’être posée finalement ce que la France protège dans le cas de la crise grecque ce sont ses banques déjà fragilisées par la crise et ce que l’Allemagne refuse c’est de financer les banques françaises concurrentes de son propre secteur bancaire.
    Finalement les marchés n’ont que la puissance que l’on veut bien leur prêter, tout comme la Chine d’ailleurs. Si demain la France décidait de faire défaut qui serait gagnant les marchés?

    Tout cela n’est à mon sens qu’un nuage de fumée qui masque à mon sens le réel problème de la démocratie. Avec la disparition de la logique de bloc l’électeur se base de moins en moins sur une idéologie et de plus en plus sur les résultats réels, ou supposé, des dirigeants; Dés lors il exerce un « pouvoir » de plus en plus fin et fractionnés, ainsi on peut être écologiste, socialiste, pro sécuritaire, pour la régulation de l’immigration et socialiste… Dans le même temps la culture historique, politique et économique de la population n’a pas augmenté (personnellement je pense qu’elle a baissé) alors que notre environnement s’est complexifié. Ceci conduit l’électeur à faire des choix qui se veulent réfléchis sans qu’il n’ait la capacité d’appréhender la complexité de ce choix.
    L’échec de la démocratie c’est de n’avoir pas su organiser la transition éducative nécessaire pour passer de la logique de bloc ou de parti à celle de l’électeur non captif.

    Réponse de Fredéric Madec le

    Ouvrez les yeux, observez la marche du monde !! Vous constaterez que le pouvoir appartient à un système que nous, occidentaux, avons programmé, afin que la création de valeur soit un but ultime au point que cette quête devenue obsessionnelle finisse par primer sur les individus. Les marchés sont les bras armés de cette programmation et n’ont pas d’autres préocupations que d’alimenter et de faire vivre ce système, boulimique par définition.

    Comment peut-on encore oser parler de démocratie lorsque les dirigeants désignés par les peuples ont tout simplement perdu tout pouvoir sur les règles d’une économie animée mondialement par la logique implacable des marchés et de la finance en générale.

    Comment ne pas reconnaître que nos dirigeants politiques ne sont finalement que les simples marionnettes d’un scénario qui leur échappe. Ils continuent pourtant de capter l’attention d’un public désabusé mais toujours disposé à se racrocher à des promesses illusoires de jours meilleurs. Ils sont aussi la bouée à laquelle la moindre lueur d’espoir se raccroche.

    Pour que tous ces espoirs ne soient pas vains et que cessent les lamentations comme les constatations stériles, aussi brillantes soient-elles, nous devons nous réapproprier la démocratie.

    Comment? En reprogrammant le système à partir d’une série de règles simples à mettre en oeuvre afin de confier le pouvoir économique aux individus. Nous reprendrons alors en main la construction de notre destin au lieu de le laisser aux marchés et à ses serviteurs.

    Réponse de françois le

    1- Mes yeux sont ouverts, et je n’ai pas créé ce système (nous autres occidentaux…), parler de « l’Occident » c’est créer un amalgame aberrant le protestantisme économique n’ayant rien à voir avec le refus chrétien de la richesse.

    2- il faut vivre dans l’opulence pour rejeter la création de valeur, je pense que les 100 de millions d’indiens, de chinois et d’africains n’auront pas la même vision que vous

    3- l’incompétence et la lâcheté ne sont même pas des excuses, nos dirigeants peuvent agir ils n’en ont pas le courage tout simplement, ainsi dans de nombreux pays un budget en déficit est interdit

    4- on a les dirigeants que l’on mérite, crier tous pourris ne vaux que pour les extrêmes de droite et de gauche, être démocrate c’est d’abord s’engager politiquement.

    5- historiquement les « règles simples » sont généralement basé sur des carnages sans nom..

  • Saïd Koutani le 19 juillet 2011

    A la question « qu’est-ce que les Lumières? », Kant a répondu: « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable ».
    Le marché est la nouvelle tutelle. Nous en sommes responsables.
    L’expérience démocratique n’a pas réussi ce projet des Lumières dans lequel la liberté politique est fondamentale et la liberté économique est simplement nécessaire. La 1ère devait structurer le cadre de la 2ème et la 2ème devait fournir, non pas les finalités; mais les moyens d’exercice à la 1ère, si celle-ci était postulée fondamentale.
    Libre alors à chacun de déplorer les résultats de l’inversion du rapport des 2 libertés: éducation de marché, pensée de marché, information de marché, guerres de marché…

  • j-Ph Gauthier le 20 juillet 2011

    Pour émettre des euro-bonds, il faudrait à l’Europe les ressources correspondantes, ce qui suppose un pouvoir de prélever de l’impôt sur toute la zone euro.
    Or, je vous rappelle que la promesse de campagne de J.Chirac sur la TVA réduite des restaurateurs n’a pu être tenue que 10 ans après.

    Selon moi, il faudrait de longs mois, voire des années pour émettre des euro-bonds : vote par chaque assemblée d’un pouvoir supra-national de lever l’impôt, cotation auprès des agences de notation… Or, le problème grec se pose tout de suite.

    Et puis cela ne ferait que reculer pour mieux sauter. La seule solution durable est de réduire drastiquement la dépense publique.

  • Myrus le 20 juillet 2011

    Les marchés financiers ont pris le pouvoir car il est dans la nature de l’homme d’en vouloir toujours plus. C’est ce qui lui a permis son développement incroyable. Quel qu’en soit le prix et y compris en l’obtenant à crédit. C’est un cercle sans fin. Peut-on réellement penser que les peuples des pays endettés (dont la France) accepteront de réduire leur train de vie pour le bien futur de tous. Je n’y crois pas une seconde.
    La naissance d’une nouvelle puissance européenne que JA appelle de ses voeux régulièrement a du sens. Un Etat fédéral plus fort que l’unité des pays qui le composent. Mais est-on sûr que ce nouvel ensemble pourra être géré de manière plus saine que certains pays membres aujourd’hui (dont la France) ? Rien n’est moins sûr. Les Etats Unis ne sont-ils pas non plus au délà des limites de la dette ? On ne change pas sa nature aussi facilement.
    Le chemin est encore long avant que les pays européens puissent s’entendre pour le bien commun. Comme souvent, les décisons ne seront prises qu’au dernier moment, dans la douleur, et à condition que l’éclatement n’est pas eu lieu avant. Quoi qu’il en soit, il apparaît assez clairement que se sont les peuples qui en paieront le prix.
    La démocratie n’est sans doute pas idéal dans les conditions actuelles de prédominance des marchés mais cela reste encore le meilleur régime. Mieux vaut avoir l’illusion d’avoir le pouvoir que de vivre sous l’oppression.
    Le plus surprenant à mon sens est de savoir (depuis des années les messages sont clairs) mais de ne rien faire. Cela vaut pour la dette, l’écologie,etc…Le court terme prime toujours sur le long terme.

  • magadates le 22 juillet 2011

    Monsieur Attali,

    2 Trillions d’euros?
    Mais d’où les sortons-nous?
    Nous souffrons d’un problème de surendettement de l’ensemble des pays occidentaux.
    Vous proposez de guérir le drogué avec encore plus de drogue?
    D’ajouter au surendettement des pays, le poids d’une nouvelle dette au niveau Européen, sous la forme d’Eurobonds?
    En quoi cela règle t-il le problème du surendettement et de notre insolvalibilité globale, à terme?

  • Elisabeth RUIS le 22 juillet 2011

    Coucou Sir,

    La « Médiacratie » oblige,_L’Ere Industrielle arrive à ses faims_ !!!
    Bofffff,…c’est ça l’évolution ?

    ER

  • Elisabeth RUIS le 22 juillet 2011

    Carrément!

  • Elisabeth RUIS le 22 juillet 2011

    L’homme cosmique représente une étape de l’évolution. Nous ne sommes pas encore parvenus à cette étape. Elle se trouve quelque part dans le devenir de l’homme. Car, l’homme est fait pour devenir…
    Une étape de l’évolution..

    Avant de parvenir à cette étape, nous devons achever celle dans laquelle nous sommes engagés dont l’aboutissement est l’homo sapiens. L’homme tel qu’il est aujourd’hui représente, dans le système de référence actuel, ce qu’il y a de plus évolué. Mais cette forme de vie que nous sommes poursuit sa transformation, puisqu’il n’y a de permanent que la transformation.

    Tels que nous sommes aujourd’hui, nous sommes à un moment d’une longue évolution : un maillon d’une longue chaîne dont l’origine se perd – comme on dit – dans la nuit des temps, et dont l’aboutissement est sans doute de l’ordre de l’infini : depuis la molécule originelle, réelle ou mythique, jusqu’à un être que je n’arriverais pas à concevoir si je le voulais et qui, du reste, sera lui-même en devenir…

    À un moment de l’évolution, la participation au processus est inconsciente : les végétaux, les animaux ne sont pas conscients de participer à un processus d’évolution; et bien peu d’humains le sont, il faut bien le dire. L’homme cosmique participerait du même processus, mais sa participation serait consciente.

    Elle serait aussi, non plus passive comme la nôtre, mais active : c’est-à-dire qu’il ne serait pas seulement comme nous le sommes, agis par le processus, mais qu’il pourrait aussi agir sur le processus – intervenir dans l’évolution. Non pas, ici, sur le plan génétique de la mécanique de l’évolution, mais plutôt sur le plan de la conscience.

    Les civilisations technologiques…

    À une étape de leur évolution, les civilisations débouchent sur un savoir qui rend possible leur autodestruction. C’est précisément à cette étape que nous sommes parvenus. C’est une épreuve : ou bien l’homme franchit cette étape et il crée alors une civilisation d’un niveau de conscience plus élevé; ou bien il régresse à un stade antérieur pour éventuellement tenter à nouveau de franchir cette étape décisive.

    Franchir cette étape suppose, entre autres choses, qu’il exerce une domination sur ce qui, en lui, participe de l’instinct : ce qui procède du vieux cerveau, le paléo-cortex – qu’il exerce, par exemple, une domination sur son agressivité; cela suppose aussi qu’il prenne en charge son environnement : au cours des quatre derniers millénaires, il s’est employé à dominer la nature, il en a fait la conquête comme si elle était son pire ennemi, alors qu’il participe lui-même de la nature, qu’il en dépend pour survivre.

    Désormais, il devra plutôt la prendre en charge, car il devient responsable de la vie minérale, végétale, animale et humaine sur cette planète – ce qui suppose qu’il se prenne d’abord en charge lui-même, qu’il devienne responsable de sa propre vie.

    L’homme cosmique participe consciemment à l’évolution. Il n’est plus seulement entraîné par le programme, mais il intervient au niveau même de l’évolution.

    Tout se passe comme si le programme avait prévu qu’à une étape, l’être en saurait suffisamment sur lui-même et sur les lois de l’univers, pour non seulement participer consciemment de l’évolution, mais aussi intervenir; se prendre en charge, et, avec lui, l’environnement, ralentissant ou accélérant au besoin le processus, agissant au niveau même de la transformation de l’énergie vers de plus en plus de conscience.

    Si nous parvenons à dépasser cette crise de civilisation, nous serons par le fait même parvenus à un niveau de conscience plus élevé.

    L’homme cosmique, c’est l’étape où l’être, parvenu à un niveau de conscience plus élevé, est en mesure de prendre le contrôle de son évolution. Il devient alors l’égal des dieux.

    La technologie : facteurs d’évolution…

    Certains facteurs de changement permettent de penser que nous sommes peut-être à la veille de franchir une étape de notre évolution. Parmi ces facteurs, j’en retiens un, qui me paraît jouer un rôle déterminant : la nouvelle technologie.

    Nous parlons ici de l’évolution.

    En termes d’évolution, « à la veille » c’est peut-être l’affaire de quelques générations, d’un siècle, de plusieurs millénaires. Il n’existe aucune échelle qui permette de le déterminer. Mais c’est peut-être aussi en train de se faire.

    Comme on ne sait pas non plus comment, au juste, ça va se passer – la naissance de l’homme cosmique – il est difficile de dire où nous en sommes : Est-ce que, tout à coup, des êtres vont voir le jour avec un niveau de conscience plus élevé que le nôtre ?

    Est-ce qu’il s’agit plutôt d’un phénomène individuel – que chacun doit élever son propre niveau de conscience – dans l’espoir que parmi les suivants il s’en trouve qui n’aient pas à partir d’aussi bas…?

    Il existe une interaction entre l’homme et l’environnement. L’homme crée en partie son environnement qui, à son tour, le façonne. Il existe plus particulièrement une interaction entre l’homme et l’outil qui le prolonge.

    L’homme est un animal qui se prolonge dans ses outils. Qui prolongent ses membres. Qui prolongent ses sens.

    La roue prolonge le pied – l’action de marcher, de se déplacer; le marteau prolonge le poing – l’action de frapper; la grue, la pelle mécanique, pour prendre des exemples d’outils de l’ère industrielle, prolongent le bras et la main qui ramasse… Dans le cas du téléphone, il s’agit du prolongement d’un sens : l’ouie et de la faculté de communiquer par la parole.

    Les technologies ont toujours agi sur le processus d’évolution de l’humanité. Et plus la technologie est avancée, plus cette action est considérable : avec la vapeur, par exemple, c’est l’énergie musculaire qu’on prolongeait. Et la vapeur a eu pour effet de créer la société industrielle.

    Plus on avance, plus il devient difficile de définir la nature du prolongement : dans le cas du marteau, c’est simple; mais dans le cas, par exemple, de la télévision, c’est beaucoup plus complexe : la télévision prolonge deux sens : la vue et l’ouie. Mais ce que prolonge la télévision, c’est plus précisément l’expérience auditive ou visuelle.

    Les enfants qui ont grandi avec la télévision ont effectivement une expérience auditive et visuelle supérieure à celle qu’auraient plusieurs vieillards ensemble.

    Il s’agit, bien sûr, d’une expérience vicariale : non pas d’une expérience directe, mais d’une expérience qui passe par un intermédiaire. Avant l’âge de 10 ans, un enfant a une expérience vicariale de la vie sur l’ensemble de la planète et même au-delà : il a aussi assisté à plusieurs milliers de meurtres… On ne sait pas l’effet à long terme de cette technologie.

    On ne sait pas non plus l’effet à long terme que produira sur la société et sur les individus l’ordinateur – qui est le prolongement d’une partie du cerveau. Pas plus qu’on ne sait l’effet à long terme de l’électromagnétisme, plus simplement l’électricité – qui est la technologie de l’instantanéité et de la simultanéité – et, en particulier de l’électronique.

    L’énergie qui se trouve ici prolongée n’est pas celle des muscles, comme dans le cas de la vapeur; ce qui se trouve prolongé, en fait, c’est tout le système nerveux, c’est le processus d’acquisition, de stockage, de transformation et de transmission de l’information…

    On parle aujourd’hui de la révolution de la télématique – fusion des médias, en particulier de la télévision et de l’informatique. Ce qui se trouve prolongé, c’est le processus même de la pensée; d’une certaine façon, le processus même de la conscience.

    La nouvelle technologie, comme le croient certains chercheurs, pourrait bien être un facteur mutagène : elle pourrait avoir pour effet d’accélérer le processus d’évolution et peut-être même de provoquer, de contribuer à provoquer, la naissance de l’homme cosmique.

    Evolution de notre conception de l’univers…

    Depuis des millénaires, notre conception de l’univers et de la place de l’homme dans l’univers va s’élargissant. Il n’y a pas si longtemps, l’homme croyait être au centre de l’univers : on était géocentrique. Dans notre conception de l’univers, on imaginait la Terre au centre, avec le Soleil, la Lune et les planètes qui tournaient autour.

    Curieusement, toutefois, certains penseurs de toutes les époques n’ont jamais accepté une telle vision de l’univers: une pensée qui a vécu comme elle a pu – transmise dans le plus grand secret – a véhiculé certaines informations à travers des époques qui n’auraient pas pu les accepter.

    PYTHAGORE, par exemple, le grand philosophe grec, enseignait à ses disciples que la Terre était ronde, qu’elle tournait sur elle-même et autour du Soleil…

    Ce qui donne du poids à la croyance que des civilisations avancées auraient autrefois existé sur cette planète, pour disparaître un jour – puisque « les civilisations sont mortelles » (Paul VALERY) – laissant à quelques initiés le soin de transmettre un savoir secret, une connaissance même, dont des bribes seulement seraient parvenues jusqu’à nous.

    À une étape ultérieure, on est devenu héliocentrique. Dans cette conception de l’univers, on imaginait le Soleil au centre autour duquel tournaient les planètes et leurs satellites.

    À chaque étape, la nouvelle conception de l’univers englobe la précédente. C’est ainsi qu’on a découvert – ou plutôt sans doute redécouvert – d’autres systèmes comme le nôtre : quelques-uns, puis des milliers, des millions, voire même des milliards contenus dans ce qu’on appelle une galaxie; puis, plus récemment, d’autres galaxies : encore une fois des milliers, des millions, des milliards…

    L’AVENTURE DE L’HOMME EST COSMIQUE…

    C’est ainsi qu’on voit, ou plutôt qu’on voyait l’univers… Car on parle maintenant de plusieurs univers. Combien ? Des milliers, des millions, des milliards peut-être. On a fait beaucoup de chemin depuis l’époque où la Terre nous paraissait au centre du monde… Mais, en un sens, pas tellement…

    Notre savoir s’est étendu, il est vrai, mais notre attitude n’a pas tellement changé : notre aventure est cosmique, nous le savons maintenant, mais notre conscience demeure géocentrique.

    C’est sans doute dans notre nature, du moins à cette étape-ci de l’évolution. Il y a un décalage considérable entre notre savoir et notre conscience. Et c’est précisément une des raisons de penser que nous serions à la veille de franchir une étape de notre évolution. À la veille peut-être de la naissance de l’homme cosmique.

    Nous sommes devenus plus modestes, c’est un bon signe : le signe, en effet, que nous sommes d’un niveau de conscience plus élevé. Maintenant, il y a l’homme sur la Terre, dans un système parmi d’autres systèmes, dans une galaxie parmi d’autres galaxies, dans un univers parmi sans doute d’autres univers…

    Il était inévitable de se poser la question : serions-nous la seule forme de vie consciente dans cette structure des structures ? Sommes-nous un accident ? Sommes-nous un phénomène isolé ? Sommes-nous seuls ?

    La réponse est fulgurante : selon les scientifiques, il existe dans notre seule galaxie une probabilité de plusieurs milliards de planètes sur lesquelles la vie a pu se développer et même plusieurs formes de vie consciente. Dans cette hypothèse, certaines de ces civilisations seraient moins avancées que la nôtre; d’autres, au contraire le seraient davantage…

    Les civilisations plus évoluées que la nôtre auraient donc, à un moment, traversé une crise comparable à celle que nous traversons présentement et elles auraient survécu; autrement dit, elles seraient d’un niveau de conscience plus élevé que le nôtre; elles auraient atteint le stade de l’homme cosmique.

    L’espace intérieur, Edgar MITCHELL, chef de l’expédition Apollo XIV, a été le sixième homme à marcher sur la lune.

    Cette aventure spatiale a eu sur MITCHELL un effet inattendu, du moins du point de vue de la science objective : il est passé, comme il le dit lui-même, de l’exploration de l’espace extérieur à celle de l’espace intérieur : l’expérience de l’espace devait devenir une véritable expérience initiatique, au sens où l’entend la mystique : pendant un moment, le voile s’est entrouvert.

    « C’était clair et net : l’univers avait une signification et une direction. Ce n’était pas perceptible par les organes des sens, mais c’était cependant présent, une dimension invisible derrière la création visible qui lui donne un dessein intelligent et apporte un sens à la vie. »

    « L’humanité doit s’élever de l’homme au genre humain, du personnel au transpersonnel, de la conscience de soi à la conscience cosmique. »

    Autrement dit, l’homme cosmique a une conception pratiquement infinie de l’univers, qu’il le considère de l’extérieur ou de l’intérieur – auquel il participe en pleine conscience.

    science / mystique…

    Les propos de l’astronaute Mitchell sont loin de l’idée qu’on se fait généralement des propos d’un scientifique. C’est que la pensée scientifique n’est plus matérialiste au sens où on l’entendait au début du siècle.

     » Dans la physique classique, il y avait cette notion que les objets sont faits de substance matérielle. Mais lorsqu’on grossit ces objets, lorsqu’on cherche à savoir de quoi ils sont faits, on découvre qu’ils sont faits d’atomes et les atomes, de particules. Mais ces particules, elles, ne sont pas constituées d’une substance qui soit matérielle. Ce sont comme des amas d’énergie. » Dr Fritjof Capra.

    Selon le modèle que propose la physique moderne, on ne peut séparer de l’ensemble aucun élément sans le détruire.

    Ce qui paraît évident lorsqu’il s’agit de l’homme, qu’on ne peut séparer de son environnement sans le détruire. Mais la physique moderne a démontré que cette interdépendance des éléments d’un système entre eux, et de chaque élément par rapport à l’ensemble, est vraie non seulement des organismes vivants mais aussi de ce que nous appelons la matière inorganique.

    La pensée officielle, en particulier celle qui découle des sciences humaines, est loin derrière la pensée scientifique. Nous continuons de vivre comme avant; la conception qu’on se fait de l’homme continue d’être réductionniste : il s’agit toujours de réduire l’homme aux dimensions de diverses grilles et, chaque fois qu’il cherche à s’en libérer, de le ramener à l’intérieur de l’une ou de l’autre de ces grilles.

    C’est ainsi que, selon la grille utilisée, l’homme n’est que, par exemple, l’effet du hasard et de la nécessité, de l’économie et de la lutte des classes, de la libido, du conditionnement…

    La nouvelle pensée scientifique n’a eu jusqu’ici, il faut bien le dire, qu’une influence secondaire sur la pensée officielle. Mais c’est toujours dans la marge que commencent tous les mouvements : depuis que nous savons que « l’univers, pour reprendre la formule du physicien Fritjof CAPRA, est un processus de transformation qui agit selon des patterns, mais sans aucune substance matérielle », nous avons amorcé le mouvement vers l’homme cosmique.

    Etre plus, au plan individuel…

    Nous sommes dans une société dominée par l’avoir. On admet l’existence d’une hiérarchie basée sur l’avoir : celui qui a davantage – d’argent, de pouvoir, de territoire – occupe une place plus élevée dans l’échelle. L’idée qu’il puisse exister une hiérarchie basée sur l’être nous effleure à peine : l’idée que certains individus sont moins que d’autres, que certains sont plus, nous paraît même choquante, car nous tenons les hommes pour égaux en être.

    Être procède de la conscience. Il y a des gens très simples qui ont un niveau de conscience très élevé. Le niveau de conscience n’est pas le même pour tous; le niveau de conscience se trouve dans la participation de l’individu à la Conscience universelle.

    Telle est du moins la jauge que nous propose la pensée traditionnelle : le degré de participation de l’individu à la Conscience universelle détermine sa place dans la hiérarchie basée sur l’être : on peut donc s’élever dans cette hiérarchie en élevant son niveau de conscience.

    L’homme cosmique représente une étape plus élevée de l’évolution, non pas par son avoir – le fait qu’il aurait plus d’argent, plus de pouvoir, plus de territoire – mais par son être, par le fait qu’il aurait un niveau de conscience plus élevé.

    Puis-je atteindre cette étape de notre évolution maintenant ? Puis-je devenir l’homme cosmique maintenant ? C’est la grande question.

    Maintenant ? C’est peu probable.

    En revanche, il est possible d’élever petit à petit son niveau de conscience. C’est du reste ce que nous faisons tous présentement. Sans quoi, la vie n’aurait aucun sens. Mais il est possible d’accélérer ce processus. Dans une certaine mesure. Par ce qu’on appelle le travail sur soi : la conscientisation, l’étude… De même que par certaines techniques : par exemple, la relaxation / concentration.

    Etre plus, au plan collectif…

    « En n’importe quel domaine, qu’il s’agisse des cellules d’un corps, ou des membres d’une société ou des éléments d’une synthèse spirituelle – l’union différencie. Les parties se perfectionnent et s’achèvent dans tout un ensemble organisé. » Teilhard de Chardin, Le Phénomène humain.

    Le processus d’évolution dont il s’agit ici, à propos de la naissance éventuelle de l’homme cosmique, concerne l’espèce : il s’agit, surtout, d’un processus collectif.

    À un moment, nous devons franchir une étape, comparable à celle de l’éveil de la conscience.

    Si nous connaissions les facteurs qui ont entraîné l’éveil de la conscience, peut-être pourrions-nous savoir quels sont les facteurs qui provoqueront éventuellement l’éveil du surconscient, autrement dit, la naissance de l’homme cosmique.

    Sur les facteurs qui ont suscité / provoqué l’éveil de la conscience, les avis sont partagés : certains croient qu’une modification profonde de l’environnement a pu être un facteur déterminant; d’autres, que les outils ont joué un rôle important : le rapport, en particulier, entre la main, prolongée par les outils, et le cerveau.

    D’autres parlent de l’émergence de nouveaux besoins, comme de se déplacer à travers des continents et de chasser; d’autres proposent même comme explication l’intervention d’extra-terrestres venus provoquer cet éveil de la conscience… Et qui, peut-être, reviendront provoquer l’éveil de la surconscience.

    Cette hypothèse est messianique : on attend le Messie – une intervention de l’extérieur.

    Pour Richard LEAKEY, anthropologue de grande réputation, ce qui aurait entraîné l’éveil de la conscience à une étape de l’évolution, le facteur déterminant, aurait été la générosité : « Non pas l’intelligence, précise-t-il dans People of the Lake, mais d’abord la générosité », « C’est-à-dire le partage. Non pas la chasse ou la cueillette, mais l’obligation de partager ».

    Nous sommes devenus humains – autrement dit, notre conscience s’est éveillée – parce que nos ancêtres ont appris à partager leur nourriture et à échanger leurs services, constituant ainsi, petit à petit, ce que LEAKEY appelle un véritable réseau d’obligations.

    Quoi qu’on en dise, il existe aujourd’hui une solidarité humaine plus dynamique qu’autrefois. Elle s’exprime surtout à travers les institutions que la démocratie a inspirées. C’est un édifice fragile… Mais on parle de conscience planétaire. On en est loin sans doute, mais on en parle.

    Teilhard de CHARDIN voyait dans l’entraide sociale une des voies par lesquelles l’humanité devient collectivement moins égoïste et tend vers ce qu’il appelait le point oméga, qui est l’aboutissement de l’évolution, le point où la conscience épurée de l’humanité ira un jour, selon sa vue, se fondre dans l’éternel.

    Nous serions parvenus à l’étape de la convergence où les races, les peuples et les nations se consolident, et s’achèvent par interaction. – À la veille de franchir une étape importante de notre évolution, de nous éveiller à la conscience cosmique,
    de devenir l’homme cosmique…

  • Jerome T. le 22 juillet 2011

    Comment ne pas partager cet avis.
    Les marchés impose une philosophie utilitaire et libérale contraire à celle exposée par Quant, B. Franklin et les autres révolutionnaires fondateurs de nos sociétés démocratique il y a 200 ans.
    Il n’en reste qu’aujourd’hui les gouvernements paraissent tellement asservis au système que toutes les mesures prises vont à favoriser le pouvoir de l’argent et que la masse peut être manipulé grace aux puissants outils marketing résultat des dernière avancées scientifiques.
    Ce serait oublié Twitter, l’iPad, internet qui permettent dans le monde à des milliers de gens de comprendre et de prendre la mesure de la menace.
    Quand adviendra t’il ? une balkanisation de nos sociétés ? un monde a la Stars War pire un remake de Mad Max.
    Mais soyons optimiste et parions sur une banqueroute simple de la Grèce sans plans de sauvetage de qui que ce soit derrière qui bien que très douloureuse donnerait au marché une leçon bien mérité.

  • Pat Batantou le 23 juillet 2011

    J’ai juste deux petites questions. Si un fonds monetaire europeen venait a etre instituer, que deviendra le Fonds Monetaire International? Quelle sera l’attitude des USA au regard d’une certaine autonomie que l’Europe veut prendre sachant que les USA ont beaucoup investi pour la protection du vieux continent? Pourquoi ne pas lever les contraintes qui pesent sur l’Allemagne, depuis le fin de la seconde guerre mondiale, afin de permettre a ce pays de jouer son veritable role de « tete de vecteur », entite qui manque a l’Europe? En effet sans une locomotive, sans une « tete de vecteur » l’Europe ne saurait avoir de direction.

  • Yves71 le 23 juillet 2011

    Mr Attali confond l’anglais et le français, ou plutôt leurs échelles numériques.
    Pour le système anglo-saxon (+ Brésil)= 1 trillion = 1 000 milliards.
    Pour le système non anglo-saxon (donc français et même européen) = 1 trillion = 1 milliard de milliards.

    Plutôt que de vouloir mettre des grands mots pour exprimer des nombres que peu comprennent, des nombres normaux sont suffisant pour exprimer des idées.

    Alors Mr Attali : 2 000 milliards ou 2 milliards de milliards (soit 1 million de fois plus) pour votre fond ?

  • BLOG CITOYEN T7 » CITOYEN EDITO » Plan de sauvetage de la Grèce : Sarkozy s’est-il bien fait comprendre ? Une conférence de presse affligeante. Pauvre de nous ! le 24 juillet 2011

    [...] est que beaucoup de fédéralistes sont prêts à signer des chèques beaucoup plus importants. Jacques Attali évoque un fonds européen de 2000 milliards d’euros, soit 400 milliards pour la France. Ils ont vraiment perdu la [...]

  • Comment Nicolas Sarkozy jette 90 milliards par la fenêtre « Les moutons enragés le 24 juillet 2011

    [...] est que beaucoup de fédéralistes sont prêts à signer des chèques beaucoup plus importants. Jacques Attali évoque un fonds européen de 2000 milliards d’euros, soit 400 milliards pour la France. Ils ont vraiment perdu la [...]

  • Elisabeth RUIS le 24 juillet 2011

    L’hypothèque de l’économie du XXIe siècle

    En somme, cela représente à l’échelle planétaire, un genre d’inégalité des richesses, au Titre Gratuit, qui pèse lourd du fait d’un contraignant passé de nos anciens et pour nos descendants, futures générations pour qui cela sera ingérable/invivable.

    C’est à cause de ces stupides calculs et cumuls sur une grande échelle du temps, que nos jeunes seront prêts à accepter n’importe quoi, « Coûte que Coûte », pourvu qu’ils consomment, tel que nous les avons éduqués.

    Ça ne m’étonne pas que ces derniers souffrent d’addictions (Shopping, Drogues, Sexe, Alcool, en autres) !!!

    Quel Avenir Pour Eux ? (Combien,….Je les comprends) !

    Après tout, pourquoi faire… se prendre la tête ? Quand on sait comment ça fonctionne ce système économique à la con qui est en perpétuel expansion (Médias, Recherches, Commerces, Politiques, Sciences, Religions et j’en passe) Certes !!!!

    Il y a de quoi être blasé à l’avance ! Non ? (Enfin, je crois)

    Voilà, la société dans laquelle nous vivons « TOUS » en bonne participation :

    - Naître sous un numéro potentiel
    - Apprendre selon les mises des marchés
    - Travailler à en crever
    - Assurer la progéniture
    - Mourir et laisser les autres payer

    Ben ?…. Ouai ! C’est nul, je sais,….Mais c’est malheureusement Vrai !!!

    Alors ?

    En ce qui me concerne, sachant que je suis d’un âge moyen et en colère d’avoir compris qu’on nous prend pour des benêts, en termes de citoyenne malgré moi, ma participation passera autrement dans « La Vraie Vie » en ignorant tous ces dogmes, de notre société actuelle, impuissants à mon égard.

    Je resterai riche de mon énergie avec l’envie de tout vivre, de tout dire ce que je pense et de partager mon pain et quand mon heure viendra, j’aurai encore une pensée profonde et très affectueuse pour nos anciennes civilisations, qui je pense étaient plus ambitieuses que nous, sur le plan Humain.

    ER

  • gaffrig le 29 juillet 2011

    effectivement,il est évident que le marché, laissé seul à lui même, aboutit tôt ou tard au désordre. il est comptètement incapable de vivre par lui même. et pourtant il n’a pas de marché sans stabilité.
    il faudrait que les profits privés réalisés dans un espace public soit soumis à une loi, impôt?, qui fasse que le cadre dans lequel il évolue s’acroisse naturellement,un fonds?, et soit de taille à garantir sa propre pérénnité.